Ce que disent les chiffres

Publié le par Patrick Fodella

Depuis quelques jours, je vois sur les réseaux sociaux des écrits troublants a propos du résultat du 1er tour des régionales de dimanche dernier. Ces écrits nous expliquent que le vote du FN n'est pas le plus haut jamais obtenu, puisqu'en 2012 Marine Le Pen avait obtenu un peu plus de voix à la présidentielle.

Cette analyse est reprise dans le Monde du 11 décembre 2015 dans un texte de Frédérique Gilli intitulé :" il n' y a pas de vague bleue marine".

Ces analyses sont inquiétantes. D'abord parce qu'elles me semblent erronées. Ensuite, parce qu'elles sous-entendent que le résultat de dimanche dernier n'est pas si catastrophique !!!

D'abord, voyons les chiffres.

Aux régionales de 2010, le FN recueille 2 223 800 voix. Aux présidentielles de 2012, 6 421 400. Mais aux législatives suivantes, il ne recueille plus que (!) 3 528 600 voix. Les municipales de 2014 lui donnent 1 046 600 suffrages ! Les européennes de 2014, 5 142 240 voix, et enfin les régionales de 2015 il y a 6 018 900 d'électeurs du FN.

Alors bien sûr, si nous nous contentons de ne regarder que les résultats les plus élevés et les comparer, les régionales de 2015 ne sont pas le meilleur résultat du FN.

Mais il faut comparer ce qui est comparable. Et d'abord, comparer les mêmes types d'élections. Si nous comparons les régionales de 2015 avec les précédentes, celles de 2010, la progression est stupéfiante: presque 3 fois plus d'électeurs (de 2,2 M à 6 M). En 5 ans, le FN gagne 3,8 M d'électeurs...

Alors bien sûr, les présidentielles marquent un sommet. Les élections suivantes sont moins bonnes (pour lui). Mais il est évident que les élections très locales ne sont pas des suffrages faciles pour un parti très centralisé, qui a le culte du chef, de la nation, et qui manque de cadres locaux. Mais malgré ça, les départementales de cette années sont un premier signe avant le choc de décembre 2015.

Les chiffres sont clairs: le nombre d'électeurs du FN ne fait pas qu'augmenter, il explose !

Que signifient ces chiffres ?

Le nombre de suffrage augmente, c'est évident. Mais pourquoi ? Quelle interprétation en tirer ?

D'abord, ce qui semble clair, c'est qu'il y a un ancrage du vote FN. Ce n'est plus seulement un vote pour un candidat national, dont on sait qu'il ne pourra pas être élu président de la République. Il s'agit maintenant d'un vote régulier, qui s'ancre, et pire, qui s'amplifie.

Cette amplification me semble évidente si nous regardons le résultat d'élection non-traditionnellement favorable à ce parti, comme les régionales. Pour arriver à ce résultat, il a fallu que le FN trouve de nouveaux électeurs, sans perdre les anciens.

Et la conservation des anciens électeurs est démontrée par les résultats des scrutins dans les villes conquises en 2014 aux municipales. Dans toutes ces villes, les résultats du FN sont impressionnants. Ils dépassent partout les 50% ! La preuve que l'exercice du pouvoir n'a pas dégoutté les électeurs de ce parti.

Le risque des analyses présentes notamment dans l'article de F. Gilli dans le Monde (qui montre que le FN n'a pas progressé lors de ces régionales), c'est de montrer que le FN a progressé lorsque Sarkozy était au pouvoir, jusqu'en 2012. L'étude des chiffres montre que la montée est régulière, avec des pics pour les élections favorables, mais que le gouvernement en place, quelqu'il soit ne change rien.

Comment analyser la situation maintenant ?

L'ancrage du FN localement peut nous rendre très inquiet sur l'issu de ces régionales. Une élection gagnée, c'est bien sûr un programme mis en oeuvre, mais c'est aussi des élus qui se forment, qui deviennent compétents, et qui peuvent ensuite relayer leur action auprès des citoyens.

Ce sont aussi des moyens de fonctionnement, des financements de postes de permanents, des subventions pour les associations amies ou proches. Tout ce qui va permettre au FN d'amplifier son enracinement et sa progression.

Les résultats de dimanche dernier, avec l'échec patent des Républicains, montre que les nouveaux électeurs du FN viennent de la droite dure. La stratégie de Sarkozy de décomplexer sa droite n'a pas attiré les électeurs FN vers LR, mais a permis aux électeurs de droite de ne plus avoir peur d'aller à l'extrême droite.

Mais le plus terrible est bien la situation de la gauche. La stratégie du PS est de se recentrer pour récupérer les électeurs centristes abandonnés par LR. Le PS n'est donc plus à gauche. Mais la vraie gauche sort laminée de ce scrutin. Elle disparait complètement de 2 régions (PACA et Nord Picardie) et anecdotique dans pas mal d'autre. Même EELV est ridiculisé alors que ce suffrage est habituellement un test favorable pour les écolos !

A la veille de ce second tour, le paysage politique français est profondément bouleversé, et pour longtemps.

Nous pouvons peut-être encore éviter que le FN ne conquiert 1 ou plusieurs régions.

Mais nous ne pourrons pas éviter la droitisation de notre société, le repli sur elle même d'une société vieillissante et qui perd toute confiance en elle. Et face à cette perte de confiance, elle se réfugie dans la peur et vote FN.

Le plus terrible étant sans doute de voir que les jeunes qu'on disait absents de la politiques, sont en fait très présents: mais ils sont au FN !

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