Primaires: Le retour du suffrage censitaire ?

Publié le par Patrick Fodella

 

Les Primaires de la droite sont terminées. Enfin.

Les périodes électorales sont souvent des moments peu agréables à vivre, avec des débats et des échanges rarement constructifs. Ce sont des périodes où les candidats cherchent à vaincre plus qu'à convaincre.

Mais quand ce ne sont que des candidats de droite qui s'affrontent, c'est dramatique. Voir 7 personnes qui se démènent pour nous prouver qu'ils sont les meilleurs pour aggraver nos conditions de vie, l'environnement, la précarité, le racisme... c'est INSUPPORTABLE !

Et il nous reste encore une primaire à supporter. Elle ne va pas être triste non plus celle des socialistes.

Mais ce qui me hérisse le plus, c'est le flot de commentaires au lendemain de ces primaires de la droite, pour louer "le processus démocratique de grande ampleur".

Où est l'avancée de la démocratie dans la mise en place de primaires ?

D'abord, les premiers vainqueurs de ces primaires, ce sont les organes de presse, et particulièrement les chaînes de télévision. Quels succès, quels taux d'écoute, quels tirages ! Ces organes de presse ont besoin de contenu plus fréquents. Les chaînes d'info en continu, ne peuvent se contenter des élections. Il leur en faut plus. Et le plus, ce sont les primaires. Avec les primaires écolos, celles de la droite, puis celle des socialistes, nous sommes en période électorale en permanence de septembre à juin !

Mais est-ce pour autant une avancée démocratique ?

Les primaires s'installent dans notre paysage après un long dénigrement de l'action politique et des partis. Ceux-ci sont aujourd'hui déliquescents (les raisons en sont multiples, mais ce n'est pas le lieu et le moment d'aborder cette question). Les primaires vont porter un coup violent à l'existence et à la place de ces corps intermédiaires. Quel besoin de partis aujourd'hui ? Quels besoin de lieux où il est possible de débattre, de se former, s'informer, se construire une pensée, si ces choses sont possibles en permanence sur les réseaux sociaux et pendant les primaires ?

Mais le pire, c'est le retour insidieux d'un suffrage partiel, réservé à ceux qui paient. La participation à cette élection est conditionnée à deux éléments:

  • le paiement d'un droit de vote, certes peu élevé (aujourd'hui), mais 2€ pour une personne qui gagne moins de 1000€ par mois, ce n'est pas rien.
  • un engagement à partager les "valeurs" des organisateurs ! Ce n'est donc plus le fait d'être un citoyen de la république qui permet de participer à la désignation des élus. C'est l'accord avec les idées des candidats.

Et ce sont ces éléments là qu'on appelle "une avancé démocratique" ! Quel tristesse...

Mais regardons les chiffres. On nous annonce un peu plus de 4 millions de votants. Le corps électoral français se compose environ de 40 millions de personnes. Ce sont donc a peu près 10% des électeurs potentiels qui se sont déplacés. Et le vainqueur a recueilli 70% des suffrages, soit 7% des électeurs français !!! C'est la grande avancé démocratique des primaires...

Reste que cette organisation est un bonne opération financière pour les organisateurs. Le coût de la primaires est évalué aux alentours de 8M d'€. Il y a eu 8 M de votant (2*4), donc 16M€ d'entrées dans les caisses. Ce ne peut être qu'une bonne nouvelle pour LR, vu l'état financier désastreux dans lequel Sarkozy a laissé le parti !

Allez, un peu de repos, et dès janvier, on remet ça avec les socialistes. Il y aura moins de monde (dans les isoloirs) mais ça risque de ne pas être triste non plus...

Bon courage à tous et à toutes.

Publié dans Politique

Commenter cet article