Premières élections du nouveau siècle !

Publié le par Patrick Fodella

La victoire d'Emmanuel Macron lors des présidentielles a été présentée comme un seisme politique. "C'est une nouvelle ère de la politique française !"

Ce matraquage des média depuis la campagne des présidentielles, matraquage qui a permis l'élection de Macron, tend à nous faire accroire que tout va changer avec ce nouveau et jeune président. Mais suffit-il de changer les individus pour changer les pratiques ? A priori, les choses ne sont pas si simples...

Des élections qui marquent un passage.

Il faut néanmoins constater que la séquence électorale présidentielle a marqué un passage. La tradition de la Vème république qui voulait que les candidat-e-s aux élections soient présenté-e-s par un parti a été largement balayée. Certes, ce mouvement a débuté lors des présidentielles de 2012, où le parti socialiste a mis en place des primaires. Les socialistes ont récidivé cette année, imité-e-s par la droite et les écologistes.

Ce qui est marquant cette année, c'est que tous les candidats issus de primaires, ont été balayés au premier tour. Les primaires ne sont plus la voie royale pour être élu-e à la présidence de la république.

Mais si les primaires ne sont plus la bonne voie, si le fonctionnement institutionnel des partis n'est plus la bonne voie, où se situe cette bonne voie ?

De toute évidence, la candidature directe et isolée (en apparence) était la bonne méthode cette année. Bien sur, Macron s'est appuyé sur En marche, Mélenchon sur les Insoumis et Le Pen sur le Front National. Mais le poids du parti n'est plus du tout celui qu'il était lors des élections précédentes. Aujourd'hui, le contact direct entre le candidat et les électeurs est privilégié, l'image personnelle est plus importante que le programme issu des discussions au sein du parti. Ce contact direct est facilité par l'utilisation de mieux en mieux comprise par les candidat-e-s des outils de communication. Les réseaux sociaux ont sans aucun doute apportés un appui inestimable pour Mélenchon (You Tube, Facebook, Twitter) et Le Pen (toute la fachosphère très présente par exemple sur jeuxvideo.com). Macron, très présent aussi sur la toile, a pu bénéficier de réseaux médiatiques plus classiques au point qu'on peut logiquement se demander s'il n'était pas LE candidat de ces média !

Trois blocs idéologiques

Suite au résultat de ces présidentielles, nous pouvons dire qu'il y a maintenant en France trois blocs idéologiques distincts. Un bloc favorable au système mondial dominant, et deux qui s'y opposent.

Le premier bloc, largement majoritaire, que j'appellerai les libéraux mondialistes, s'est regroupé autour de Macron. Ce sont tous ceux et toutes celles qui étaient à En Marche avant les présidentielles. Ce sont aussi toutes les personnes qui l'ont rejoins depuis sa victoire: socialistes mous, droite humaniste, écologistes environnementalistes... Ce sont toutes les personnes et toutes les organisations qui sont favorables ou qui acceptent comme une évidence non modifiable le système économique mondialisé, le marché libre et non faussé, l'Union Européenne, le FMI, etc. Ils ou elles sont présent-e-s pour les législatives dans les candidatures En Marche. Ce sont eux que les sondages donnent largement gagnant-e-s.

Le deuxième bloc, qui lui, refuse le système mondial, est celui du repli identitaire. Ces personnes et organisations refusent la mondialisation économique libérale au nom de l'identité française, de son histoire, de sa culture. Elles refusent toutes formes de migrations, l'idée d'une Europe supra nationale (voire d'une monnaie unique), et toute intégration dans des organismes qui conduiraient à une perte d'autonomie de la France. Ce sont bien sur les électeur-trice-s du Front national, mais aussi de Debout la France et enfin d'une partie non négligeable de Les Républicains (Wauquiez, Ciotti et Cie).

Le troisième bloc, lui aussi opposé au système libéral mondial, est celui des écolos-sociaux-altermondialistes. Ces personnes et organisations refusent le libéralisme économique, la mondialisation financière. Elles souhaitent une autre Europe, plus sociale, une lutte contre le réchauffement climatique, l'accueil des réfugié-e-s. Ce sont les Insoumi-e-s, les communistes, les écologistes, les altermondialistes, féministes et certain-e-s socialistes. Ce bloc est d'une homogeneité fragile, et le penchant populiste de certain dirigeant est une source de conflit interne probable.

Quelle recomposition organisationnelle ?

L'un des enjeux des élections législatives des 11 et 18 juin, est de voir comment les organisations politiques actuelles vont résister à la vague En Marche. Les Républicains, le Parti Socialiste, le parti Communiste, EELV, ne sont pas encore morts et disparus. Et toute organisation a toujours tendance à tout faire pour rester en vie.

Quel que soit le résultat des législatives, il y a fort à parier que ces partis vont devoir évoluer. A droite, les Républicains devrait exploser et favoriser la création d'un grand parti de la droite dure avec le Front national. Ce rapprochement provoquera sans doute le départ de quelques frontistes, mais cela restera marginal.

Le reste des Républicains rejoindra le grand mouvement du centre libéral avec Macron. Est-ce que cela se fera sur un parti unique ou au sein d'une fédération du centre ? C'est sans doute un des enjeux de ce scrutin: Quelles sont les forces qui vont rester aux Républicains ?

Au centre, Macron va continuer de rassembler. La forme structurelle n'est sans doute pas encore arrêtée, mais cette organisation regroupera les marcheurs et marcheuses, certains socialistes, écologistes, européïstes, Modem, droite humaniste, etc.

Enfin c'est à gauche que le travail sera le plus ardu. Une recomposition idéale consisterait à regrouper les Insoumi-e-s, communistes, socialistes, écologistes, voire altermondialistes. Mais le comportement de Mélenchon pendant cette campagne législative (ainsi que de certain-e-s Insoumi-e-s) va laisser des traces profondes. L'objectif mélenchonien de faire disparaître le PC dépendra essentiellement du nombre de député-e-s communistes élu-e-s le 18 juin. Si le PC n'est pas en mesure de constituer un groupe autonome (ce qui semble devoir être le cas), le sort de ce parti est scellé. A condition, bien sûr, que les Insoumi-e-s puissent réunir un groupe. En ce qui concerne le PS, sa disparition est l'objectif conjoint de Macron et de Mélenchon. Il sera difficile de résister. Un éclatement entre En Marche et les Mélenchoniens semble plus probable, même si Hamon fera tout pour réunir un dernier carré autour de lui. Enfin, EELV joue l'avenir de l'écologie politique lors de ces législatives. Son absence à la présidentielle lui a certes évité une nouvelle déroute. Mais ce fut au prix d'une absence médiatique qui semble annoncer la disparition d'une organisation politique écologiste.

Dernier élément important: quelle forme structurelle prendra cette recomposition ? Si la droite extrême semble rester dans le cadre d'un parti, centralisé, ce n'est pas le cas des Marcheurs et surtout des Insoumi-e-s. Et cette question n'est pas la moindre des difficultés. En effet, il est fondamental de constater que ces trois blocs évoqués plus haut sont animés (voir pilotés) par un-e animateur ou animatrice, personnalité très forte (Macron, le Pen et Mélenchon). Si Macron, aidé par ses victoires, devrait pouvoir structurer une organisation politique autour de lui, ce sera plus difficile pour Le Pen dont le leadership est déjà contesté au sein du FN. Et que dire de Mélenchon ? Comment pourra-t-il transformer la dynamique des présidentielles en une organisation pérenne, prête pour les combats futurs ?

Les premières réponses à ces questions seront sans aucun doute données le 18 juin au soir !

Et si le nouveau siècle politique débute bien cette année, il y a fort à parier qu'une fois les organisations renouvelées, les combats anciens se poursuivent...

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