Arménie
Mon premier contact avec le génocide arménien remonte à 25 ans.C'était au printemps 81, et j'étais en formation vidéo au Creps de Boulouris, dans le Var. Nous avions un journal télévisé à réaliser tous les soirs, et pour ce faire, nous partions en reportage tous les jours.Et bien sûr, nous cherchions des sujets intéressants, originaux. Nous avons entendu parler d'une maison de retraite composée de résidents presque uniquement arméniens, dont certains avaient connu le génocide. C'est une question que personne ne connaissait dans l'équipe. Bonne raison pour aller voir.Nous avons été accueillis chaleureusement par des vieux messieurs. C'est très volontiers qu'ils ont évoqué leurs souvenirs.Ils étaient jeunes à l'époque. Très jeunes même. Les personnes que nous avions devant nous avaient environ entre 70 et 80 ans. Au moment du génocide, ils étaient âgés d'une dizaine d'année maximum.Et c'est en pleurant sans arrêt qu'ils nous ont raconté: l'exil, les humiliations, les maisons vidées de leurs occupants et ceux-ci frappés, la mort des parents de l'un deux, devant ses yeux de petit enfant...Nous étions fort décontenancés devant le récit d'une atrocité que nous découvrions. Il a été très difficile de « monter » le sujet. D'abord pour des raisons « éthiques »: quelle mise en scène du malheur pouvions-nous nous permettre ? Ensuite pour des raisons d'émotions personnelles.Je ne me souviens plus comment nous nous sommes sorti de ces difficultés. Le sujet était dans le journal du soir même.Je me souviens d'une vive émotion au récit de crimes atroces.C'est ce jour de 1981 que j'ai pris connaissance du génocide arménien...Mais nous étions en 1981, en juin ! Nous avions d'autres chats à fouetter à cette époque, d'autres rêves à vivre...Mais à chaque fois que j'entends parler du génocide arménien, je repense à ces trois vieux messieurs, au récit de leur souffrance, de leur exil, du voyage en bateau, et l'arrivée à Marseille.
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