Dernier week-end avant le nouveau siècle.

Publié le par Patrick Fodella

Le second tour de l'élection présidentielle que nous allons vivre ce dimanche, est le signe d'un profond changement de nos pratiques politiques. Plus que la fin de certains partis habitués à gouverner, il s'agit de la fin des partis politiques.

Plusieurs éléments d'analyse sont en effet convergents.

Le premier, évidement, est le résultat chiffré de ces élections.

Les représentants des partis de gouvernement ont été éliminés. C'est d'abord, bien sûr, une sanction pour ces candidats eux-mêmes, qui n'étaient pas les meilleurs (et je ne m'attarde pas sur leur médiocrité, il est plus intéressant de comprendre pourquoi ce sont des candidats médiocres qui ont été présentés). Mais il est nécessaire de replacer les résultats du premier tour de ses présidentielles dans le cadre plus vaste de la campagne. N'oublions pas que le premier vote de cette élection a eu lieu à l'automne 2016, pour les primaires de la droite. Puis il y a eu les primaires écologistes. Ensuite, Il y a eu les primaires du PS (et de ses amis). Le principe de ces sélections est de permettre l'émergence d'un-e candidat-e sensé-e être le ou la meilleur-e pour ce courant politique. Testées en 2012 par le PS, le principe a été repris en 2017. Force est de constater que ce ne sont pas les meilleurs candidat-e-s qui ont été choisi-e-s. Le principe des primaires s'avère donc un échec.

Mais l'existence même de primaires pour la droite, le PS et les écolos prouve que les partis politiques que nous avons connus tout au long du 20 ème siècle, ne suffisent plus à dégager les élites capables d'exercer le pouvoir. Le fonctionnement de ces partis traditionnels intériorisait les primaires au travers du fonctionnement des diverses instances. Un congrès permettait un choix idéologique. Il était incarné par une personnalité forte qui devait batailler au sein du parti. Cette personne était "naturellement" promulguée candidate par la suite. Aujourd'hui, les candidats qui ont le plus marqué cette élection, ce sont ceux qui ont refusé le système des "primaires" et qui ont joué à plein sur leur image, parfois, sans passer par l'outil "parti". JL Mélenchon est la meilleure illustration de cette situation. Mais E. Macron avec un parti naissant, peu implanté, peu expérimenté, est aussi dans ce cadre. Le cas de M. LePen est particulier. C'est le dernier avatar des grands partis du XXème siècle.

Cette tendance à travailler politiquement en dehors des cadres créés au XX ème siècle (les partis) n'est pas spécifique à la France. Je dirais même que la France est en retard par rapport à certains autres pays, notamment européens. Des formes nouvelles d'organisations ont vu le jour, entre autre, en Islande avec le parti Pirate (qui bien que conservant le nom de parti, fonctionne plutôt comme un mouvement), en Allemagne, avec les mêmes Pirates. Mais cette évolution est plus nette en Espagne, avec Podemos, ou encore plus marquée, en Italie avec le mouvement 5 étoiles. Il est significatif que ces mouvements soient plutôt classés à gauche (encore que ce ne soit pas clair du tout pour 5 étoiles). Mais tous, ont en commun de rejeter les formes centralisées de prises de décision, la structuration trop lourde, et la délégation de pouvoir permanente.

Cette évolution de la forme politique est fortement accompagnée, voire induite, par l'évolution de la technologie. La création des réseaux sociaux a révolutionné la pratique politique et le mode d'expression des individus. Il y a encore 30 ans, lorsque nous voulions pouvoir prendre la parole et "discuter politique", nous devions le faire au sein des partis politique. Aujourd'hui, tout un chacun peu créer son compte twitter, facebook ou son blog et s'y exprimer librement et à sa guise. Et éventuellement, de manière anonyme ! Ce que les partis imposaient, c'est à dire l'écoute de l'autre, le respect, l'appartenance à un groupe, la formation, la réflexion, tout cela a volé en éclat avec les réseaux sociaux. Aujourd'hui tout le monde ou presque s'exprime sans retenu, sans barrière. Avec les réseaux sociaux, nous ne ferons plus jamais de la politique comme avant. Les vainqueurs de cette élections l'ont bien compris, eux qui sont très présents et actifs sur la toile. C'est particulièrement le cas pour JL Mélenchon qui a vu mieux que les autres tout l'avantage qu'il pouvait tirer de ces nouvelles technologies: télé sur You Tube, blogs, sites, réseaux sociaux, hologrammes... Ceux qui ont aussi bien compris tout l'avantage qu'il y avait à l'utilisation de la technologie, ce sont les gens d'extrême droite. La "fachosphère" assure une présence forte des idées nauséabondes de l'extrême droite sur la toile. Et cette pratique permet tous les excès: fakenews, injures, détournements, etc. Relayées par des lobbies puissants, ces communications virales font des dégâts énormes !

Ce nouveau paysage politique qui se cherche encore, devra prendre place dans une société mondialisée. Et pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, cette mondialisation concerne toute la planète (les autres mondialisations n'ont concerné que les parties du monde connues - comme Rome par exemple). La France n'est plus le centre du monde que certains regrettent. Les mouvements de populations (qui ont toujours existé) se font à une vitesse beaucoup plus importantes. Les lieux de décisions économiques se déplacent aussi plus rapidement. Il nous faut donc prendre en compte dans nos pratiques locales les conséquences lointaines de nos décisions. Et il faut absolument militer et travailler avec des mouvements issus des différentes parties du monde. Il s'agit bel et bien de changer de paradigme.

Fin des partis, évolutions technologiques, nécessité de repenser nos fondamentaux idéologiques dans un monde complètement mondialisé, nous entraînent vers de nouvelles pratiques politiques. Ces pratiques nouvelles sont potentiellement dynamisantes. Mais elles peuvent aussi nous faire évoluer vers une dictature, d'abord locale, puis mondiale. Le Front National en France est l'exemple du risque encouru: conservation de la vielle structure partidaire soutenue par une présence très forte sur la toile en liaison avec les plus grands réseaux mondiaux. C'est 1984 avec 50 ans de retard !

Le nouveau siècle politique commence en France ce week-end.

Publié dans Politique, Actualités

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